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On avait découvert Lucia Biagi avec Point de fuite (2015), roman graphique sensible mettant en scène Sabrina, une jeune Italienne dont les débuts dans la vie d’adulte se voyaient bouleversés par une grossesse imprévue. Lors du dernier festival d’Angoulême, certains d'entre vous ont retrouvé Lucia sur notre stand, accompagnée de son nouvel opus, Sestrières, que vous pouvez dorénavant découvrir en librairie. Une fiction en apparence plus légère, par laquelle l’auteure poursuit son exploration de la jeunesse d’aujourd’hui.

 

Sestrières nous emmène dans la petite station de ski du même nom, sur les pas de Federica, 14 ans, en visite chez ses grands-parents pour les vacances. Chaque été, elle y retrouve des camarades et en rencontre de nouveaux, dont certains sont, comme elle, originaires de Turin. Alors qu’elle passe le plus clair de son temps avec Georgio, avec lequel elle partage balades, discussions et taquineries amicales, Federica le délaisse souvent pour Noemi, la fille d’une employée de la résidence où elle loge et qui vit ici à l’année. Il faut dire que Noemi a tout pour la fasciner : très belle, plus âgée, séductrice et délurée, elle incarne l’interdit, la fête, les aventures amoureuses auxquelles songe toute gamine au seuil de l’adolescence.

Un matin, Federica émerge après une soirée trop arrosée dont elle se souvient à peine. Alors qu’elle avait prévu de retrouver Noemi, elle ne parvient pas à joindre cette dernière et trouve bientôt son téléphone, abandonné dans un coin de la résidence et comportant des messages pour le moins intrigants. Affolée, Federica confie ses craintes à Georgio et ils partent ensemble à la recherche de la jeune femme. Au fil de leur enquête, Fede et Georgio vont rencontrer divers proches de Noemi, découvrir ses secrets ainsi que les zones d’ombres de Sestrières, village où les ragots vont bon train et où tout le monde s’épie.

 

Sestrières est entièrement conçu en bichromie. L’utilisation du vert et du violet, en plus de conférer au livre une grande fraîcheur et un irrésistible côté pop, permet à Lucia Biagi de construire son récit comme un puzzle narratif, où les flash-backs sont signalés par un code-couleur parfaitement maîtrisé. La dessinatrice, que l’on sait passionnée de manga, porte un soin minutieux à ses cadrages et au découpage de ses planches, et use d’une ligne claire délicate et épurée qui fait merveille tant dans la description des postures et mimiques de ses personnages que dans les décors et les paysages, superbement détaillés.

 

Un grand talent de Lucia Biagi est aussi de dépeindre, sans jugement ni dédain, des adolescents bien de leur époque, en jouant notamment avec les codes graphiques liés aux réseaux sociaux, outils de représentation sociale mais aussi, dans le cas de Federica, d’expression personnelle. Des jeunes qui restent cependant confrontés à des problématiques intemporelles, dont les amitiés passionnelles et les premières amours, l’hésitation entre l’innocence rassurante de l’enfance et l’envie de se frotter aux limites, la mauvaise réputation qui a vite fait de coller à la peau de ceux – et hélas, surtout de celles – qui les côtoient d’un peu trop près.

Vous savez ce qu'il vous reste à faire.
 

Hélène

Les mystères de Sestrières
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